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UN AUTRE REGARD SUR LA DEMENCE
ET SUR LA PRESERVATION DE LA JEUNESSE

 

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3) Les ennemis de la jeunesse mentale

L’installation de la démence s’opère lentement, déjà dans la jeunesse, de manière inconsciente, avec des coups d’accélérateur lors d’événements douloureux et traumatiques. Cependant, en avançant en âge, une part de lucidité sur la perte de prise sur la réalité persiste très très longtemps encore, et pour la plupart, jusqu’à la fin, malgré les apparences.

Et, qu’est-ce qui amène le mental à fonctionner à 95 % en automatique à 35 ans ? :

1) Les automatismes et l'absence de changements

Ce sont nos conditionnements, nos habitudes, nos rêvasseries, nos ruminations, nos routines, l’absence de changements dans nos vie, l’absence d’innovation dans nos comportements, dans nos choix, dans nos activités, l'absence de stimulations intellectuelles, l'absence de curiosité, de motivation à faire de nouveaux apprentissages, notre lassitude, notre démission devant l'effort, qui nous mènent à répéter le même genre de pensées.
En ce sens, la recherche perpétuelle de confort, et les comportements d'évitement face à l'improviste ou à la nouveauté, sont des signes qui peuvent appeler notre attention quant au risque de recroquevillement mental. Le confort est utile pour éviter les souffrances et les douleurs, mais il est néfaste lorsqu'il s'agit de servir notre paresse. En ce sens, une partie des nouveautés apportées par la robotisation et l'intelligence artificielle risquent fort bien d'accélérer nos pertes de capacités intellectuelles.
Être conscient des ces aspects rend possible d'entamer l'apprentissage inverse vers l'improvisation, l'innovation, le goût de l'aventure.

2) Une mémorisation anarchique

L’accumulation des choses mémorisées qui ne sont pas ordonnées, structurées, rangées, triées dans notre mémoire, va rendre, avec le temps, l'accès de plus en plus difficile à ces données. Nous emmagasinons les informations, les expériences, les souvenirs, les opinions et réflexions, depuis l’enfance comme si notre mémoire n’avait pas de limite. Imaginez le disque dur de votre ordinateur si vous sauvegardiez tous vos fichiers, sans ordre quelconque, ni par date, ni par titre, ni par type d’extension, ni par thème, et tout cela par dizaine de milliers, par millions dans une seule et unique librairie. Cela ne pourrait qu’amener au chaos au moment où vous atteignez les limites de votre capacité à faire des recherches dans ce fouillis, même si votre 'espace' mémoire devait être illimité.

Il est connu qu’avec l’âge on garde les souvenirs plus anciens, mais on ne mémorise plus aussi bien à court terme. Ce qui amène à penser que c'est le processus de la mémoire à court terme qui est défaillant. Celle-ci ,en général, diminue en efficacité quand on manque de concentration, et cela peut arriver en cas de stress.
Mais il se pourrait bien que ce puisse être en partie aussi la saturation de la mémoire à long terme qui engendre la difficulté ou l’impossibilité de mémoriser à court terme. Ce ne serait dès lors pas uniquement l’enregistrement de l’information qui fait défaut, juste celui-ci serait empêché à cause de l'engorgement dans la mémoire à long terme.

3) Le stress

L'excès de stress crée l'embouteillage des pensées et force à créer des automatismes en cascades sans toujours garder le contrôle sur le bon fonctionnement de ces processus. Le stress nous éloigne du moment présent, de la conscience, de la sérénité, pour faire des choix justes. Il force à fonctionner comme un robot. Sa permanence nous apprend à agir en automate.

4) Les émotions négatives

La présence d’émotions négatives fortes, que ce soient les peurs, les colères, les déprimes ; génèrent de la confusion entre les éléments mémorisés, rendant la dissociation entre eux plus difficile. En particulier les événements traumatiques feront baisser les capacités mnémoniques de manière durable, voire évolutives, surtout lorsque ces émotions sont répétées dans le temps.

5) La soumission et la dépendance

La soumission et la dépendance peuvent également jouer un rôle. Lorsque, forcé ou non, nous déléguons nos actions et/ou décisions à d'autres, notre mental est nettement moins sollicité.

6) Les assuétudes

Les assuétudes génèrent des comportements hautement automatisés. Vu qu'il y a dépendance à une substance, une activité ou une personne, il est nettement plus difficile de changer ces comportements.

7) L’isolement ou l’inoccupation

L’isolement ou l’inoccupation, vecteurs de monotonie et d'ennui, peuvent également représenter un facteur important dans le processus de perte de mémoire, car le manque de stimulations à la fois sociales et intellectuelles favorise le fait de tourner en rond dans sa tête, par l'absence d'innovation, d'occasions de rencontres, de soutiens, de diversification des expériences.

8) L'absence de projets humains

Le manque d'objectifs à court et moyen terme, par rapport au fait de se sentir utile pour d'autres ou pour la société, restreint le sens que l’on donne à la vie, et le courage de vivre, freinant par conséquent le fonctionnement mental.

9) Le manque de volonté, d'autodiscipline

Le manque de volonté, le manque d'autodiscipline jouent également un rôle à deux niveaux. Dans la jeunesse s'ils ne sont pas développés, ils empêchent de pouvoir concrétiser nos choix et nos désirs sur le long terme. Et lorsque les capacités mentales commencent à diminuer, la vitesse du processus sera freinée ou non par la présence ou non d'une forte volonté et d'autodiscipline. Une fois la maladie installée, il n'y a plus réellement accès à la volonté.

10) La critique omniprésente

Bien que l'esprit critique puisse être en soi une qualité, lorsqu'il est hyper développé, il devient handicapant, et peut fonctionner comme une dépendance. Il peut entraîner beaucoup de conséquences négatives qui généreront des situations propices à l'installation de la démence. En effet, un esprit critique prédominant entraîne les échecs, l'éloignement de l'entourage, la méfiance vis-à-vis de toute nouveauté, de toute nouvelle rencontre, de toute nouvelle activité. On ne se fie qu'à ce qu'on connaît bien et qui fonctionne. On se recroqueville sur soi, ou alors on ne cesse de se bagarrer avec tout et tout le monde, tout étant prétexte à être critiqué.

11) Certaines problématiques ou maladies mentales

Beaucoup de maladies mentales présentent également des aspects liés au processus de rétrécissement de l'activité mentale, en ce sens qu'un aspect de la vie tourne fou. C'est le cas de la dépression concernant le moral ou l'énergie de vie, des troubles obsessionnels compulsifs concernant nos habitudes de vie, de la boulimie et de l'anorexie, concernant nos habitudes alimentaires, du burn out concernant notre stress et l'énergie de vie, de la maladie de fatigue chronique concernant l'énergie de vie, etc.

12) Le masque

Lors des tests neurologiques, on remarque que les personnes atteintes de démence inventent des réponses. Bien sûr. Un processus inconscient s’installe dès que les premières pertes surviennent : la personne masque ses manques. Comme cela est devenu un automatisme, lui aussi, devenu inconscient, cela va entraîner que même lors d’un test, la personne va procéder de la même manière.

Le masquage de tous ces petits faux pas du cerveau va permettre de gruger l'entourage un bon moment. Cependant, en se reposant sur des attitudes qui vont masquer ses oublis et ses faux pas, elle s'empêche désormais d'y réagir constructivement. Or cette attitude va elle-même devenir un automatisme, et finira par gruger la personne atteinte elle-même. Lorsque la maladie s'installera vraiment, elle va se perdre dans le dédale de ses propres mensonges. Cela aidera malheureusement l'entourage à la déconsidérer, alors qu'elle n'a pas forcément perdu toutes ses capacités mentales. Il s'agit donc là aussi d'un cercle vicieux qui se joue entre la personne atteinte et son entourage.

C’est aussi le phénomène de masquage qui fait que les personnes atteintes de démence ne se plaignent pas ou très peu. Elles ont l'habitude quand quelque chose ne fonctionne plus bien, de faire comme si de rien n'était. Et donc, il peut arriver que, même lorsqu'elles se souviennent d'une maltraitance, elles préfèrent ne pas faire de vagues, et passe cela sous silence. Et le phénomène fonctionne également en miroir : les proches, soignants et aidants ont eux aussi des habitudes de comportements avec la personne atteinte qui, sur le long terme s'installent sous forme d'automatismes car, quel que soit leur comportement, il n'y aura pas de réaction négative pour les stopper. Il n'est pas rare de voir un conjoint ou un aide soignant être agressif avec une personne atteinte, sans même s'en rendre compte, juste par habitude, car ils n'ont pas trouvé d'autre moyen de gérer certaines situations et qu'ils n'ont pas conscience que, même si la personne à qui ils font face n'a plus les même capacités cognitives, elle est encore humainement complète et souffre de cette agressivité tout autant qu'une autre personne, et même parfois beaucoup plus car elle n'en comprend pas la raison, et est impuissante pour pouvoir y répondre correctement. Et ces dérives, bien qu'automatiques, sont suffisamment subtiles pour amener à ne pas agir agressivement en présence d'autres personnes. Il s'agit de mécanismes semi-conscients.
Malheureusement, la supervision ne peut pas être constante dans les maisons de retraite, et en particulier dans les étages sécurisés, et ces dérives sont fréquentes, partout. La formation continue de qualité pourrait freiner cette tendance. Cependant, les conditions de travail étant très loin d'être optimales dans la plupart des maisons de retraite (devenues le plus souvent de réelles entreprises commerciales) stimulent indirectement ces maltraitances.
Lorsqu'on fait un tel travail par nécessité et non par vocation (les vocations n'étant pas fréquentes), qu'on est mal payé, mal formé, abruti par le stress, les horaires décalés, et la fatigue physique et psychologique intrinsèques à ces tâches, et souvent aussi par une gestion du personnel défaillante; il devient logique que mettre du cœur à l'ouvrage et faire preuve d'empathie sont des bonus qu'on ne se permet que rarement. Le spectacle des étages sécurisés dans les maisons de retraite étant durs à affronter pour les visiteurs, ceux-ci se font plus rares que dans les autres services, rendant les dérives et maltraitances moins visibles, qui ne seront jamais dénoncées par ceux qui les subissent.

 

 

 

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